Article Cristina Marino – Caf Contes -Les forgerons et travailleurs du feu

Il est à peine 10 heures en ce dimanche 26 janvier et le petit salon du premier étage du café Bords de Seine (Paris 1er) commence déjà à se remplir pour le premier rendez-vous de 2020 dans le cycle de petits déjeuners « caf’contes » organisés une fois par mois par l’association La Huppe galante. Les habitué(e)s des lieux se saluent en se souhaitant la bonne année tandis que les quelques nouveaux venus remplissent avec application leur fiche d’inscription à l’association, fournie par les deux organisatrices bénévoles, Odile et Elisabeth. En tout près d’une trentaine de personnes, avec, au menu de cette rencontre dominicale, croissants, jus d’orange et boissons chaudes, comme d’habitude, et une discussion sur le thème « Forgerons et travailleurs du feu ». Un thème « fort, porteur et complexe » comme le souligne d’emblée la conteuse Nathalie Leone, qui anime le débat.

forgeron

D’abord entamée en petits groupes de travail pour permettre à chacun(e) de s’exprimer sur le sujet, la discussion s’est ensuite élargie à l’ensemble de l’auditoire autour de la symbolique du feu et du rôle joué par les forgerons dans les contes. Comme toujours, une multitude de références, de textes, a été citée et les échanges ont été particulièrement riches et nourris. Ils ont permis de mettre en évidence, entre autres, la dimension fortement symbolique du feu, son ambivalence intrinsèque, qui le fait toujours osciller entre le positif et le négatif, entre la vie et la mort. A la fois source de convivialité, point de ralliement de la communauté, apportant lumière et chaleur dans le foyer, le feu peut aussi avoir un pouvoir destructeur, dévastateur. Il peut à la fois tout détruire en un instant mais aussi avoir un rôle de purification (notamment lors des cérémonies de crémation).

Plusieurs contes mettant en scène cette thématique du feu ont été évoqués de façon rapide. Citons, entre autres : La Mort marraine, dans la version des frères Grimm, avec les bougies comme symboles de la vie humaine ; Vassilissa la belle (ou Vassilissa la très belle), un conte populaire russe recensé par Alexandre Afanassiev, dans lequel l’héroïne est envoyée par sa marâtre chercher du feu dans la forêt chez Baba Yaga ; Dame Trude, une courte histoire également collectée par les frères Grimm, où l’on voit une sorcière transformer une petite fille désobéissante en bûche pour la jeter dans le feu. Deux contes ont fait l’objet d’une présentation plus détaillée de la part de Nathalie Leone : Le Fondeur de vieilles, un récit traditionnel dont il existe diverses versions, dont une transmise par Henri Pourrat dans son Trésor des contes (1948), qui dépeint un métier pour le moins insolite : faire fondre des femmes âgées dans une grande marmite remplie d’eau bouillante pour leur redonner la jeunesse et la beauté de leurs 20 ans.

Et surtout Le Forgeron du Pont-de-Pile (du nom d’un hameau situé au bord du Gers, dans la commune de Lectoure), un conte également connu sous le titre de Pieds d’or, et transmis par Jean-François Bladé dans son recueil Contes populaires de la Gascogne (1886). Ce dernier a une très forte portée symbolique (notamment au niveau de la transformation des différents métaux, de l’alchimie entre le plomb, le cuivre, l’or et l’argent) et regroupe plusieurs motifs récurrents, liés à la thématique du feu et de la forge. Certains personnages de ce conte sont particulièrement intéressants et complexes, notamment le forgeron qui se transforme en loutre, la nuit venue, et se débarrasse de sa peau d’homme pour plonger dans l’eau ; la jeune fille du roi qui accepte de porter incrusté autour de son cou le collier en or confectionné par le jeune apprenti-forgeron en gage de leur amour, et qui fait semblant d’être morte dans l’attente du retour de son promis ; la reine des vipères, fille du forgeron, femme-serpent, qui veut absolument épouser le jeune apprenti.

Ce que l’on retiendra surtout de cette passionnante mais trop courte discussion, c’est l’extraordinaire richesse des motifs, intrigues et personnages liés de près ou de loin à ce thème du feu et des forgerons. De quoi nourrir largement plusieurs autres rendez-vous sur le même sujet et de quoi aussi remplir d’une vaste sélection d’ouvrages en tous genres la table du coin lectures proposé à chaque petit déjeuner dominical par le libraire attitré des « caf’contes », Dominique Garnier (qui tient L’invit’ à lire dans le 10e arrondissement de Paris).

« Caf’contes », des petits déjeuners thématiques proposés par l’association La Huppe galante, un dimanche par mois, de 10 heures à midi. Café Bords de Seine, 1, place du Châtelet, Paris 1er (au salon du premier étage). Prochaine date de la saison : dimanche 8 mars sur le thème « Pères et belles-mères ». Adhésion annuelle à La Huppe galante (à verser lors de la première participation de l’année) : 10 € et petit déjeuner : 10 €. Réservation indispensable par mail à : lahuppegalante75@gmail.com. Un coin lectures est toujours proposé par la librairie L’invit’ à lire (12, rue du Château Landon, Paris 10e).

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