La Huppe galante et ses histoires de fous en guise de petit déjeuner

Après une soirée au Petit Ney placée sous le signe des histoires loufoques, étranges et irrationnelles de Pépito Matéo, ce dimanche matin (10/12) a été consacré à une réflexion très intéressante autour du thème « Fous ou sages ? » dans le cadre du « caf’contes » mensuel de La Huppe galante. Une trentaine de personnes (dont quelques-unes étaient déjà présentes la veille au spectacle) ont été fidèles à ce traditionnel rendez-vous dominical, entre 10 heures et midi, bien mieux, à mon humble avis, que la retransmission de la messe, ou les images du départ au Bourget de l’avion avec le cercueil de Johnny Hallyday pour Saint-Barth, à la télévision. Chacun(e) des participant(e)s (le féminin s’impose ici car comme souvent, il y avait une majorité écrasante de femmes, contre deux hommes seulement) a été d’abord invité(e) par la conteuse Nathalie Leone, qui animait la discussion, à réfléchir à une expérience personnelle où il (elle) avait eu l’impression de « faire une folie », de transgresser la norme, de se comporter comme un fou ou une folle. Plusieurs participant(e)s ont pu ainsi raconter une anecdote qui leur est arrivée à eux/elles ou à une personne de leur entourage pour illustrer cette notion de « folie » au sens de transgression de règles, de normes édictées par la société. Il est apparu au fil de ces témoignages, de ces courts récits de vie, que tout était souvent une histoire de point de vue, de regard porté sur les choses et que ce qui semblait pour certains relever de la « folie » était parfois dans la normalité pour les autres.

Une grande partie de la conversation a ensuite porté sur le personnage de Nasreddin(e) Hodja, qui porte de multiples autres noms dans les différents pays du Maghreb (dont Ch’ha). Il est le symbole parfait du fou sage, toujours en décalage par rapport au reste de la société. Mais il ne s’agit ni de l’idiot du village, ni d’un fou au sens clinique, pathologique du terme. Nasreddin(e) représente une folie subversive, qui dérange l’ordre établi, mais sans agressivité ni violence. De par son attitude décalée, il incite d’abord à rire, mais aussi à réfléchir sur les normes en vigueur et leur transgression. Un numéro de la revue La Grande Oreille consacré à ce thème des fous sages et intitulé La Sagesse du simple permet de faire le tour de cette question de la folie subversive, et revient notamment sur l’immense corpus des histoires de Nasreddin(e) qu’il convient de distinguer des simples blagues.

Ont également été abordés de façon plus ou moins approfondie les thèmes suivants : les carnavals comme moments d’expression de la folie collective, de libération « explosive » par rapport aux normes, aux règles de la société ; les utopies comme vision décalée du monde dans lequel on vit ; les éventuelles versions féminines de Nasreddin(e), des folles sages, difficiles à trouver, au-delà du personnage de la femme rusée (comme son épouse) ; la dimension parfois positive de la « folie » conçue comme une transgression des normes, par exemple dans le cas des inventeurs, des génies créateurs souvent considérés comme fous par leurs contemporains et dont la valeur des inventions n’a été reconnue que dans les siècles suivants. Le recours à la parole, notamment celle des conteurs, comme moyen de se libérer des normes, des contraintes de la société, mais aussi des peurs et des angoisses, est revenue plusieurs fois en filigrane dans la discussion. En racontant des histoires de fous comme celles de Nasreddin(e), ces fous d’histoires que sont les conteurs et conteuses contribuent à leur manière à nous aider à porter un regard décalé sur le monde qui nous entoure, ce qui est de temps à autre bénéfique pour notre santé mentale.

Colombe.

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